Adoption de l’IA open source : la Fondation Inria lance une grande étude

13 octobre 2026

Comment les entreprises et les acteurs publics s’approprient-ils les modèles d’IA ouverts ? La Fondation Inria réunit des utilisateurs et des développeurs d’IA pour documenter des cas d’usage, identifier les obstacles et dégager des bonnes pratiques. L’initiative est soutenue par NVIDIA et ses conclusions seront rendues au printemps 2027.

L’adoption, verrou de l’open source

La France défend activement l’IA open source en Europe, pour l’innovation, l’autonomie technologique, la sécurité et la compétitivité industrielle. Mais l’ouverture d’un modèle ne suffit pas : son succès dépend de l’existence d’utilisateurs réels et engagés. C’est ce passage à l’usage, encore mal documenté, que le groupe de travail veut éclairer.

Un groupe ouvert, piloté par la Fondation Inria

Le groupe de travail pour l’adoption de l’IA open source réunit de grands utilisateurs industriels, des acteurs publics et des développeurs d’IA. Il a trois missions :

  • Documenter des cas d’usage concrets
  • Identifier les difficultés communes
  • Dégager les bonnes pratiques qui permettront d’accélérer l’adoption.

NVIDIA, leader de l’IA et du calcul accéléré, compte parmi les principaux contributeurs et membres fondateurs de l’initiative. Des entreprises et organisations telles que Bull, Cap Digital, la Caisse des Dépôts-EuroCommons, le Cigref, Dassault Systèmes, Crédit Mutuel Alliance Fédérale, à travers Euro-Information, Gradium, H Company, Hugging Face et Scaleway l’ont déjà rejointe.

Dans la continuité de l’engagement de la Fondation pour l’open source

Inria et la Fondation Inria soutiennent depuis longtemps les logiciels open source et les communs numériques, notamment à travers les projets abrités par la Fondation, comme Software Heritage ou la communauté OCaml.

Vous souhaitez contribuer à ces travaux ?

Votre organisation utilise ou développe des modèles d’IA ouverts et souhaite partager son expérience ?

Contactez Simon Chignard : missionIAOpenSource@fondation-inria.fr

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Contact Presse : Selena Doukhan – selena.doukhan@fondation-inria.fr

Au-delà de la dynamique de développement, l’enjeu de l’appropriation est le principal verrou de toute stratégie open source. C’est l’existence d’une communauté d’utilisateurs réels et engagés qui signe le succès d’un projet. […] L’explosion de l’IA renouvelle radicalement ces enjeux, notamment en matière de souveraineté.

Comprendre comment les organisations s’approprient l’IA open source, identifier les freins, trouver les leviers, lancer des processus d’entraide, c’est donner à l’Europe les moyens de faire de l’ouverture un véritable levier d’autonomie.

La documentation de cas d’usage concrets et le partage d’expertise sont fondamentaux pour accélérer l’adoption de l’IA open source à grande échelle et la rendre accessible dans tous les secteurs.

Chez Bull, nous considérons l’open source comme un levier majeur d’innovation, de transparence et de souveraineté numérique, des éléments clefs pour favoriser la confiance dans l’IA et accélérer durablement son adoption, notamment en Europe. Notre engagement se traduit à la fois par des contributions directes à des projets ouverts, et par le développement de plateformes ouvertes comme BullSequana AI, conçues pour éviter tout enfermement technologique et laisser à nos clients la liberté de choisir leurs modèles, leurs infrastructures et leurs partenaires.

Nous sommes heureux de pouvoir adresser en groupe les enjeux d’une IA de confiance, performante et plurielle. L’ensemble des membres de Cap Digital sont très attachés à la liberté de choix. L’IA open source peut y contribuer. Nous en faisons un des points majeurs de notre feuille de route 2027-2030. Nous veillerons à ce que nos membres puissent rejoindre cette communauté naissante et contribuent concrètement aux travaux, avec exigence et ambition.

C’est avec un grand intérêt que le Cigref rejoint cette initiative de la Fondation Inria. La question du passage à l’échelle de l’IA open source est au cœur des réflexions de nos membres, tant pour des questions de maîtrise technologique que de performance économique. Cette démarche est parfaitement alignée avec plusieurs de nos priorités stratégiques pour notre cycle de travail 2026-2027, qu’elle viendra compléter très utilement.

Dassault Systèmes construit pour l’industrie une IA de confiance, fondée sur la science et au service de l’ingéniosité humaine. Cette IA industrielle repose sur des Industry World Models, fusionnant représentations, connaissances industrielles et savoir-faire propres à chaque métier. Dans cette stratégie multi-modèles, une stratégie d’ouverture horizontale est l’une des voies d’innovation. Notre objectif est de donner aux industriels la capacité de choisir et de mieux maîtriser leurs usages de l’IA, pour créer de la valeur durable.

L’adoption de l’open source dans tous les secteurs permet de renforcer la maîtrise des technologies, leur fiabilité et la compétitivité, comme l’illustre la communauté Hugging Face. Nous sommes heureux de soutenir cette initiative et de contribuer à ce rapport.

L’IA open source est un atout majeur pour l’indépendance technologique et la compétitivité de l’Europe. Nous sommes ravis de contribuer aux travaux de la Fondation Inria, avec le soutien de NVIDIA, pour permettre aux entreprises européennes de tirer pleinement parti de cette opportunité.

Accelerating Open Source AI Adoption: the Inria Foundation Launches New Working Group

13 octobre 2026

How are businesses and public sector organizations adopting open AI models? The Inria Foundation is bringing together AI users and developers to document use cases, identify obstacles, and establish best practices. The initiative is supported by NVIDIA, and its findings will be released in spring 2027.

Adoption, the bottleneck for Open Source

France is a strong advocate for open source AI in Europe, in the name of innovation, technological autonomy, security, and industrial competitiveness. But opening up a model is not enough: its success depends on having real, engaged users. This shift to actual use, which remains poorly documented, is what the working group aims to shed light on.

An open group led by the Inria Foundation

The Working Group on Open Source AI Adoption brings together major industrial users, public sector organizations and AI developers. It has three missions:

  • Document concrete use cases
  • Identify common challenges
  • Establish best practices to accelerate adoption.

NVIDIA, a leader in AI and accelerated computing, is among the initiative’s main contributors and founding members. Companies and organizations such as Bull, Cap Digital, the Caisse des Dépôts-EuroCommons, Cigref, Dassault Systèmes, Crédit Mutuel Alliance Fédérale, through its technology subsidiary Euro-Information, Gradium, H Company, Hugging Face and Scaleway have already joined.

Building on the Foundation’s commitment to open source

Inria and the Inria Foundation have long supported open source software and digital commons, notably through projects hosted by the Foundation, such as Software Heritage and the OCaml community.

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Press Contact: Selena Doukhan – selena.doukhan@fondation-inria.fr

Beyond the development dynamic, adoption is the main bottleneck for any open source strategy. It is the existence of a community of real, engaged users that marks a project’s success. […] The explosion of AI is radically reshaping these challenges, particularly when it comes to sovereignty.

Understanding how organizations adopt open source AI, identifying the barriers, finding the levers, and launching mutual support processes: this is how we give Europe the means to make openness a true driver of autonomy.

Documenting concrete use cases and sharing expertise are essential to accelerating the adoption of open source AI at scale and making it accessible across all sectors.

At Bull, we see open source as a key driver of innovation, transparency, and digital sovereignty—essential foundations for building trust in AI and accelerating its long-term adoption, particularly in Europe. Our commitment is reflected both in our direct contributions to open-source projects and in the development of open platforms such as BullSequana AI, designed to prevent vendor lock-in and give our customers the freedom to choose their models, infrastructure, and partners.

We are pleased to be working together to address the challenges of building trustworthy, high- performing, and diverse AI. Cap Digital’s members are deeply committed to freedom of choice, and open-source AI can play an important role in making that possible. We have made it a key priority in our 2027–2030 roadmap. We will ensure that our members have the opportunity to join this emerging community and make meaningful contributions to its work, with rigor and ambition.

Cigref is delighted to join this Fondation Inria initiative. Scaling up open-source AI is a central concern for our members, both in terms of technological control and economic performance. This initiative fits squarely with several of our strategic priorities for the 2026-2027 work cycle and will complement them very usefully.

Dassault Systèmes is building trustworthy AI for industry, grounded in science and designed to empower human ingenuity. This industrial AI relies on Industry World Models that bring together industrial representations, knowledge, and domain-specific expertise. Within this multi-model strategy, horizontal openness is one of the pathways to innovation. Our goal is to give industrial companies greater choice and control over how they use AI, enabling them to create sustainable value.

Open source adoption across sectors enables full control, reliability, competitive progress, as exemplified across the Hugging Face community. We are glad to support this initiative and report

Open-source AI is a major asset for Europe’s technological independence and competitiveness. We are delighted to contribute to the work of the Fondation Inria, with the support of NVIDIA, to help European companies make the most of this opportunity.

Numérique en Commun[s] 2027 : l’autonomie numérique au cœur d’une édition co-portée par l’ANCT et la Fondation Inria

10 septembre 2026 / mis à jour le 11 septembre 2026

Les 12 et 13 janvier 2027, la communauté du numérique d’intérêt général se retrouvera, au Couvent des Jacobins, à Rennes, pour la 9ème édition de NEC.

Deux jours pour poser sans détour les questions qui traversent ce sujet depuis plusieurs mois : Faut-il distinguer autonomie, souveraineté et indépendance ? Les communs sont-ils la clé de cette autonomie ? Peut-on être autonome en utilisant des infrastructures étrangères qualifiées de confiance ? Et, plus inconfortable encore : quels services faut-il accepter de perdre ?

Cette édition inaugure aussi un nouveau format, construit autour de défis partagés, pour permettre à celles et ceux qui font, accompagnent, codent, cherchent et décident de travailler entre pairs.

Nouveauté côté organisation : porté depuis 2018 par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), l’événement est désormais co-porté par la Fondation Inria. Nous en sommes fiers !

Le programme et la billetterie seront dévoilés fin septembre sur numerique-en-communs.fr.

Fondation Panoramax : la Fondation Inria compte parmi les premiers soutiens

28 août 2026 / mis à jour le 10 septembre 2026

Le 28 août 2026, à l’occasion du State of the Map à Paris, la communauté Panoramax a annoncé la création d’une nouvelle organisation : la Fondation Panoramax. Cette structure à but non lucratif rassemble un collège de membres volontairement mixte et représentatifs de la communauté qui anime et porte le projet : acteurs publics, entreprises privées, et membres n’appartenant à aucun de ces deux mondes.

Portée avant tout par sa communauté de contributeurs, la nouvelle fondation doit coordonner l’évolution du socle logiciel de Panoramax, faire fonctionner les services communs du projet (catalogue partagé, outils de développement, forum…), porter la marque et les noms de domaine, et servir de lieu de gouvernance et de financement, sans recentraliser ce qui reste, par conception, un système fédéré.

La Fondation Inria a été parmi les premières organisations à exprimer son soutien à cette nouvelle fondation. Sur scène, son directeur général Henri Verdier a rappelé l’engagement de longue date d’Inria dans le mouvement des communs numériques ouverts, et la nécessité de s’organiser collectivement pour ne pas voir s’affaiblir cet écosystème. Il a également évoqué le rôle que joue déjà la Fondation Inria pour plusieurs projets qu’elle abrite, comme Software Heritage ou Pl@ntNet.

TechPourToutes à VivaTech 2026 : quatre jours pour faire de la mixité un chantier concret

23 juin 2026 / mis à jour le 10 septembre 2026

TechPourToutes à VivaTech 2026 : quatre jours pour faire de la mixité un chantier concret
23 juin 2026

Du 17 au 20 juin, la coalition TechPourToutes s’est installée sur le stand Inria (Hall 7) à VivaTech, avec un objectif clair : faire passer à l’échelle la mixité dans les métiers techniques du numérique. Aujourd’hui, les femmes ne représentent que 17 % des étudiantes dans ces filières, un chiffre que la coalition entend faire remonter durablement, avec un message simple : ce combat est l’affaire de toutes et tous.

Mercredi 17 juin : aligner les forces dès l’école

Le salon a ouvert par une rencontre avec la délégation du Ministère de l’Éducation nationale et des académies pilotes des Territoires Numériques Éducatifs. L’idée portée par la coalition : personne ne peut résoudre seul un problème aussi systémique, et l’égalité ne se décrète pas, elle s’organise dès l’école. Chaque partenaire y a présenté ses leviers : Numeum ses stages de seconde dédiés aux filles, Latitudes son enquête sur la diversité de genre dans la tech, JobIRL son expertise sur le mentorat.

Vendredi 19 juin : le Manifeste, sur la plus grande scène du salon

Point d’orgue de la présence de TechPourToutes : la session Tech pour Toutes : tech for fut’HER, sur la scène principale de VivaTech. Le message porté était sans détour : une nouvelle menace pèse sur l’écosystème numérique, celle de l’industrialisation des inégalités de genre par les algorithmes. Si les outils de demain ne sont entraînés que par des hommes, ils ne feront que reproduire le monde d’hier, et l’inaction n’est pas neutre, elle choisit le statu quo. Aux côtés des ministres Roland Lescure, Édouard Geffray et Anne Le Hénanff, la coalition a mis en avant ses deux leviers d’action immédiats, bourses d’études et mentorat, et donné la parole à deux étudiantes en informatique, Assia Benmaklouf et Belinda Tarrago, venues témoigner directement sur scène. Elles ont rencontré un immense succès, sur scène comme dans la salle !

Conférence Tech pour Toutes à Vivatech à Paris Expo Porte de Versailles le 19/06/2026.

Samedi 20 juin : donner à voir et à comprendre, très concrètement

Dernière journée, tournée vers l’orientation et l’émancipation. Trois ateliers immersifs « Mixité numérique », nés de l’alliance entre TechPourToutes et Chut! Explore, ont fait découvrir à des lycéennes la Carte de l’émancipation numérique : une carte XXL pour déconstruire les stéréotypes algorithmiques, data gap, biais de genre dans l’IA, et découvrir une autre histoire de la tech, celle de ses pionnières, d’Ada Lovelace à Joy Buolamwini. En parallèle, une table ronde a réuni professionnel·les, chercheur·ses et étudiant·es autour du choix d’une formation à l’heure de l’IA : « L’IA, ce n’est pas de l’intelligence, c’est du renseignement augmenté », a résumé Vincent Merval (ENSEA), rappelant que maîtriser ses fondamentaux reste non négociable, quel que soit le chemin choisi pour entrer dans la tech.

Un appel aux entreprises, ouvert jusqu’au 21 août

Les bourses mises en avant à VivaTech s’inscrivent dans une campagne Taxe d’apprentissage lancée dès le 26 mai, et qui reste ouverte jusqu’au 21 août : chaque entreprise peut flécher jusqu’à 30 % du solde de sa taxe vers une bourse TechPourToutes – jusqu’à 7 000 € par boursière, cumulables avec les bourses d’État – via la plateforme nationale SOLTéA. Cette première période est décisive : c’est elle qui déterminera le nombre de bourses garanties pour la rentrée 2027.

Quatre jours de mobilisation, une chose est sûre : le mouvement ne s’arrête pas là.

Rendez-vous l’année prochaine pour une mobilisation encore plus forte en faveur de la mixité et des résultats concrets des actions de la coalition !

Taxe d’apprentissage : financez une boursière TechPourToutes

22 mai 2026

Et si votre taxe d’apprentissage finançait la féminisation de la tech ?

Choisir TechPourToutes, c’est investir dans le vivier de talents dont vos équipes auront besoin demain — et contribuer à bâtir une tech plus inclusive, plus performante, plus souveraine.

Seulement 13 % des diplômé·es des filières numériques sont des femmes. Ce chiffre n’est pas une fatalité : c’est le résultat d’obstacles systémiques que des actions concrètes peuvent lever. Les Bourses TechPourToutes sont l’une d’elles.

Avec la sous-représentation des femmes dans la Tech, nous nous privons d’un levier de performance majeur au moment où l’IA transforme nos économies et nos entreprises. C’est également le ressort d’une inégalité des chances, au détriment des femmes. Il est enfin inquiétant que les IA de demain soient conçues et développées quasi exclusivement par des hommes, dans des environnements quasi exclusivement masculins.

Dès le 26 mai, transformez votre taxe d’apprentissage en bourse pour une future femme de la tech !

Lancées dans le cadre du programme national TechPourToutes, piloté par la Fondation Inria, ces bourses s’adressent aux lycéennes et étudiantes boursières CROUS qui s’orientent vers les métiers techniques du numérique. Sur dossier et jury, elles représentent une valeur jusqu’à 7 000 € d’aide non fléchée, cumulable avec les bourses d’État — une liberté d’usage, sans lourdeur administrative. Chaque boursière bénéficie en outre d’un suivi personnalisé par le programme TechPourToutes et d’une mise en réseau avec les entreprises engagées dans le programme.

La première période est ouverte du 26 mai au 21 août 2026 : c’est la fenêtre prioritaire, celle qui déterminera le nombre de bourses garanties pour la rentrée 2027.

Cette première année, jusqu’à 25 bourses pourront être attribuées — en fonction des fonds collectés. Chaque fléchage compte directement.

Votre entreprise peut financer ces bourses via le solde de votre taxe d’apprentissage, en quelques clics sur la plateforme nationale SOLTéA. Rendez-vous sur https://employeurs.soltea.education.gouv.fr, recherchez « Fondation Inria » (SIRET : 82917609800012) et définissez le pourcentage du solde à allouer (jusqu’à 30 %).

« Il n'y a pas qu'un seul profil pour faire du numérique » : rencontre avec Lolita Aboa, prix de la femme du numérique du concours Ingénieuses 2025

Le 15 mai 2025, Lolita Aboa, élève-ingenieure en informatique et statistiques à Polytech Lille, a reçu le Prix de la femme du numérique lors de l’édition 2025 du concours ingénieuses. Organisé par la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (Cdefi), ce concours met en lumière des parcours féminins d’exception dans un secteur où les femmes demeurent encore largement sous-représentées. Pour la deuxième année consécutive, ce prix, qui s’inscrit dans le cadre du programme TechPourToutes, distingue une élève ou une ingénieure dont l’engagement et les réalisations contribuent activement à faire évoluer le numérique. Portrait de Lolita Aboa, une lauréate au parcours inspirant.

23 juin 2025

Ton histoire du Cameroun à Polytech Lille montre une incroyable determination. Peux-tu nous raconter ton parcours et ce qui t’a menée vers le numérique ? Comment as-tu surmonté les éventuels freins et doutes dans ce domaine que l’on sait très masculin ?  

Née au Cameroun et ayant grandi dans un quartier prioritaire de Toulon, j’ai développé, très tôt, un sens des responsabilités, qui m’a conduite à m’engager pour l’égalité des chances. Mon intérêt pour le numérique, lui, est né bien plus tard, presque par hasard. Le déclic s’est fait en dernière année de mon DUT de journalisme. J’ai décidé de me spécialiser en web et l’un de mes professeurs nous a invité à participer à une réunion nationale autour du data journalisme. C’était une journée extraordinaire, je redécouvrais les chiffres que j’avais abandonnés depuis longtemps, les journalistes manipulaient graphiques, tableaux de bord, données… Même si je ne comprenais pas tout, je me suis dit : “Moi aussi, je veux faire ça, comprendre ces chiffres, ces graphiques…”..  

N’ayant pas de bagage scientifique, j’ai décidé de tout recommencer en DUT en data, malgré mes faibles ressources financières et le contexte difficile lié au COVID. La réorientation a été rude, mais je me suis accrochée. Mes professeurs m’ont véritablement transmis leur amour des chiffres. Ils m’ont contaminée, littéralement. L’alternance m’a ensuite offert une première immersion concrète et a renforcé ma volonté d’aller plus loin. Animée par la fierté de viser ce que je croyais hors de portée, j’ai décidé de poursuivre dans une école d’ingénieur. C’est ce parcours qui m’a amené à intégrer, en 2022, Polytech Lille.

Ce n’était pas tant le côté masculin du domaine qui me freinait, mais plutôt l’idée que je ne serais pas crédible. Soutenue par mon compagnon et certains professeurs, j’ai réussi à transformer mes doutes en moteur de réussite.

Lors de ta dernière expérience professionnelle, tu as travaillé à la croisée de la data science et de l’intelligence artificielle, en développant des outils d’automatisation et d’analyse pour la santé. Peux-tu nous en dire plus sur ces projets ? Quels défis techniques ou éthiques as-tu rencontrés en travaillant sur des données de santé, et qu’est-ce que cette expérience t’a appris sur le rôle de l’IA dans ce secteur ?

En alternance chez AXA, j’ai travaillé sur des projets mêlant actuariat, data science et intelligence artificielle, notamment autour de la prévoyance santé. L’enjeu principal était d’automatiser des calculs complexes, initialement faits manuellement par les actuaires, afin d’évaluer les risques et définir les provisions financières à anticiper pour les entreprises clientes. Cela impliquait de modéliser en Big Data des contrats, en utilisant Python, Spark et l’environnement Databricks sur Azure. Ce fut un défi technique, surtout sans formation initiale dans le domaine.

Cette expérience m’a fait prendre conscience de l’importance cruciale, aujourd’hui, de maîtriser les outils numériques et les algorithmes. C’est une véritable responsabilité citoyenne. On ne peut plus détourner le regard : l’intelligence artificielle est là, et il est essentiel de comprendre son fonctionnement pour rester acteurs de ses usages. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre l’IA : il s’agit de savoir, comprendre et agir. C’est aussi pourquoi il est fondamental d’encourager les femmes à investir ces domaines, pour qu’elles participent pleinement à façonner un numérique plus juste, plus inclusif et plus éclairé.

Tu es lauréate du prix Femme du numérique décerné dans le cadre du concours Ingénieuses 2025.Qu’est-ce que ce prix représente pour toi ? Et que signifie être une femme dans le numérique aujourd’hui ?

Ce prix est une reconnaissance précieuse de mon parcours atypique. Devenir ingénieure sans être passée par une prépa, sans passion initiale pour les maths, c’est possible et aujourd’hui, je me sens un peu plus légitime. Être une femme dans le numérique, c’est aussi porter un message d’ouverture : il n’existe pas un seul profil pour réussir dans ce domaine. C’est ce message que j’ai envie de partager.

Ainsi, comment permettre à plus de jeunes filles de se sentir « légitimes », selon toi ?

Il faut des programmes comme TechPourToutes, qui donnent au jeunes femmes les moyens de s’orienter vers ces métiers. Dès le début de mon parcours dans le numérique, j’ai rejoint ce type d’initiatives. Il est essentiel de faire découvrir nos métiers aux filles, en particulier à celles issues des zones rurales ou des quartiers prioritaires. Ces actions leur permettent de se projeter, de comprendre la richesse des métiers qui se cachent derrière les mots « ingénieur » ou « numérique », et surtout de réaliser que ce n’est pas réservé à une élite. C’est une responsabilité collective : en tant que spécialistes du numérique, nous devons prendre le temps de présenter nos métiers à celles qui, souvent, n’en soupçonnent même pas l’existence

Quel message aimerais-tu transmettre aux jeunes filles qui souhaitent se lancer dans les domaines scientifiques ou technologiques ? As-tu des conseils à leur donner ?

« Ce n’est pas une question de genre, mais de confiance. Il n’y a pas un seul profil pour réussir dans le numérique. Ce n’est pas nécessaire d’être passionnée par les mathématiques dès le départ ni de maîtriser le codage. Ces compétences s’apprennent avec le temps, alors laissez-vous l’opportunité de vous former, et d’apprendre. »

J’aimerais dire à toutes les jeunes filles qui souhaitent se lancer dans les sciences ou les technologies, que ce n’est pas nécessaire d’être passionnée par les mathématiques dès le départ ni de maîtriser le codage. Ces compétences s’apprennent avec le temps, alors laissez-vous l’opportunité de vous former, et d’apprendre. Je pense qu’il faut vous renseigner sur les différents métiers du numérique et de l’ingénierie pour découvrir ce qui vous passionne vraiment. Personnellement, c’est de comprendre comment les choses fonctionnent et à quoi elles vont servir qui m’intéresse, l’impact de ce que je crée lus que la technique en tant que telle. En prenant du recul et en découvrant les possibilités qu’offrent les sciences, vous pourrez rêver grand et trouver votre voie. Ce n’est pas une question de genre mais de confiance. Vous en êtes capables.

La Fondation Inria lance la Chaire «Marchés et Apprentissage» avec le soutien de cinq grandes entreprises françaises

Comment révolutionner les marchés économiques grâce à l’IA ? C’est pour relever ce défi que la Fondation Inria lance la chaire de recherche « Marchés et Apprentissage » et accueille en France l’éminent chercheur américain Michael I. Jordan, professeur émérite à l’Université de Californie à Berkeley et figure de proue de la recherche en apprentissage automatique dans le monde. Lancée le 1er juillet 2024 à l’occasion d’une journée kick-off exceptionnelle, elle bénéficie du soutien de cinq grandes entreprises mécènes : Air Liquide, BNP Paribas Asset Management, EDF, Orange et la SNCF.

5 septembre 2024 / mis à jour le 19 septembre 2024

Une vision interdisciplinaire et novatrice

Situés à l’intersection entre économie et intelligence artificielle, les travaux de Jordan visent à révolutionner l’utilisation de l’IA en l’appliquant à des domaines complexes et imprévisibles tels que les marchés. Cette approche novatrice combine l’économie, les statistiques, l’optimisation et l’apprentissage automatique pour développer des solutions inédites. Grâce à cette vision interdisciplinaire, la Chaire ouvre la voie à de nombreuses applications concrètes dans des secteurs aussi variés que la santé, l’environnement, la finance, la logistique ou encore l’aménagement du territoire. L’objectif est d’utiliser l’IA coordonnée aux incitations économiques du marché et aux défis complexes de notre société moderne pour faciliter la prise de décision.

« L’intelligence artificielle, pour qu’elle soit utile et efficace, doit pouvoir comprendre et s’adapter aux comportements humains et aux incitations économiques. C’est en combinant économie, statistique, optimisation et machine learning que nous pourrons relever les défis des marchés modernes. »

Des applications concrètes et prometteuses

Cette vision interconnectée de l’intelligence artificielle ouvre la voie à de multiples applications concrètes à même de transformer notre quotidien :

  • Marchés adaptatifs : création de nouvelles formes de marchés numériques reliant les créateurs et innovateurs, les consommateurs et les marques pour créer des emplois. 
  • Gestion du trafic urbain : amélioration des systèmes de transport grâce à des algorithmes prédictifs et des incitations.
  • Quantification de l’incertitude en sciences et technologies : développement de méthodes pour quantifier et atténuer l’incertitude et les biais dans les systèmes hybrides humains et IA. 

« La quantification de l’incertitude et la réduction des biais dans les systèmes hybrides, où l’humain et l’IA interagissent, sont essentielles pour garantir des résultats fiables et équitables. Nos recherches visent à développer des méthodes robustes pour atteindre ces objectifs. »

Un soutien mécène déterminant

Accueilli grâce à un soutien significatif d’Inria à travers la mise à disposition de moyens dédiés pour constituer un environnement de recherche de qualité dans son centre parisien au sein de l’équipe-projet commune SIERRA (ENS-PSL/CNRS/Inria), Michael I. Jordan mènera ses travaux en tant que responsable scientifique de la Chaire portée par la fondation.

La réussite de la Chaire repose également sur un mécénat fort conclu avec cinq grandes entreprises françaises : Air Liquide, BNP Paribas Asset Management, EDF, Orange et la SNCF. Outre leur soutien financier qui vient compléter celui d’Inria, ces entreprises leaders dans leurs secteurs respectifs apporteront également leur expertise sectorielle et leurs cas d’usage, facilitant le transfert technologique de la recherche en sciences du numérique.

« Je me réjouis de cette collaboration installée dans le cadre de la Chaire. Grâce à ce mécénat, la Fondation Inria renforce son engagement à soutenir la recherche en sciences du numérique et l’innovation technologique, et à accompagner les chercheuses et chercheurs de renom dans leurs travaux pionniers. »

Bruno Sportisse : « Pour garder la maîtrise de l’IA, renforçons la recherche, la formation et l’innovation dans le numérique ! »

29 mars 2023 / mis à jour le 10 mai 2023

Dans cette tribune publiée dans Le Figaro, Bruno Sportisse, PDG d’Inria, partage son point de vue sur la stratégie que la France devrait adopter pour s’imposer dans la course à l’IA et asseoir sa souveraineté numérique. 

Le succès récent d’OpenAI et de ChatGPT, tout droit venus des États-Unis, a remis l’intelligence artificielle et le numérique au cœur des débats. Une opportunité pour la France, selon Bruno Sportisse, de renforcer son engagement dans la course au numérique, tout en s’interrogeant sur son sens, les progrès technologiques pouvant à la fois proposer des solutions mais aussi soulever de nouvelles questions d’ordre éthique et sociétal. 

Pour lui, la France doit adopter une vision à long terme et une stratégie construite autour de trois axes structurants : investir dans la recherche, dans la formation, et développer un tissu entrepreneurial et industriel dynamique. C’est cette création d’un écosystème fort autour du numérique qui pourra, selon le PDG d’Inria, permettre à la France de renforcer sa souveraineté numérique et de s’imposer à l’international comme un acteur clé du numérique.

« C’est une stratégie d’écosystème, qui doit maîtriser parfaitement les caractéristiques de chacune de ses composantes et dont chaque composante sait qu’elle fait partie d’un tout : le temps de la recherche n’est pas celui d’une start-up, les modalités de financement de la formation ne sont pas celles du capital-risque (…). C’est cette stratégie, abolissant les couloirs et les silos toujours enclins à se reconstruire, qui est gagnante sur le long terme. »

Crédits photo : Inria / Photo W. Parra

Le Français qui a vu naître Google

23 juillet 2022 / mis à jour le 18 mars 2023

Stanford, 1995. Larry Page et Sergueï Brin, alors étudiants, travaillent sur un nouveau modèle de moteur de recherche pour le tout nouveau Web, donnant naissance à ce qui deviendra très vite Google. Alors professeur au sein de la prestigieuse université californienne, Serge Abiteboul, directeur de recherche chez Inria et membre du conseil d’administration de la Fondation Inria, revient sur la genèse du géant du web qu’il a pu observer aux premières loges au micro de Xavier de La Porte sur France Inter dans l’émission « Le code a changé ».

Crédits photo : Pexels

Bruno Sportisse : « Il n'y aura pas de souveraineté numérique européenne sans maîtrise du logiciel » 

21 février 2022 / mis à jour le 23 janvier 2023

Bras armé de la souveraineté numérique française, notamment face à l’hégémonie contemporaine des Gafam, Inria s’impose depuis sa création en 1967 comme un acteur incontournable de la recherche et de l’innovation en France. Soutien aux politiques publiques, mise en place de partenariats industriels forts avec le secteur privé, accompagnement à l’innovation de rupture à travers la création de startups issues de la recherche… depuis son arrivée en 2018, Bruno Sportisse, PDG d’Inria et président de sa fondation, redynamise le positionnement de l’institut en renouant avec ses missions historiques : favoriser l’innovation technologique en accompagnant la recherche en sciences du numérique pour créer les standards numériques de demain. Une ambition qu’il expose dans cette interview parue dans La Tribune.

Crédits photo : Thomas Bour

Souveraineté numérique : « Nous devons prendre la maîtrise des technologies logicielles critiques »

6 février 2022 / mis à jour le 23 janvier 2023

Passer d’une logique de guichet à une logique d’écosystème liant universités, entreprises, startups et financeurs ? C’est, selon Bruno Sportisse, PDG d’Inria et président de la Fondation Inria, le meilleur levier d’action pour soutenir l’innovation et permettre à l’Europe de préserver et consolider sa souveraineté numérique, défi majeur de notre siècle, en particulier face à l’hégémonie des géants américains du secteur. Il nous en parle dans cette interview accordée à L’Opinion à l’occasion d’une conférence sur la souveraineté numérique de l’Europe donnée à Bercy les 7 et 8 février 2022.

Crédits photo : Inria / Photo M. Magnin