4 questions à Nelly Haudegand, nouvelle directrice générale de la Fondation Inria

Le 3 janvier 2022, Nelly Haudegand a succédé à Jean-Baptiste Hennequin au poste de directrice générale de la Fondation Inria. L’occasion d’échanger avec elle sur son parcours et sa vision pour le développement de la fondation.

10 janvier 2022 / mis à jour le 18 mars 2023

Vous êtes désormais directrice générale de la Fondation Inria. Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

J’exerce depuis une quinzaine d’années des fonctions de directrice de la communication. D’abord à l’Ifop, puis à l’Union sociale pour l’habitat et enfin à l’Assurance Maladie où j’ai dirigé pendant huit ans la communication interne aussi bien qu’externe avec un large spectre d’intervention… Avant de basculer dans la communication, le premier tiers de ma carrière a été consacré aux études et au conseil en stratégie.

Ces vingt années m’ont permis de développer une double culture business/intérêt général et de travailler dans des environnements très différents. Ainsi, j’ai pivoté plusieurs fois : du privé vers le public, du conseil vers l’annonceur, de la TPE à des organisations complexes/matricielles de plus de 80 000 collaborateurs, d’une communication BtoB à une communication BtoBtoC. Pendant toutes ces années, ce qui m’a animée, c’est d’apporter aux organisations et à leurs dirigeants une compréhension fine de leurs enjeux, de les traduire en un récit de marque et de mobiliser les parties prenantes pour accompagner les transformations nécessaires.

Pourquoi avoir choisi de rejoindre la Fondation Inria ?

Amenée par mes fonctions à affronter la crise sanitaire de l’intérieur, j’ai été profondément marquée par l’importance et même le caractère décisif du partenariat public/privé dans la résolution de problématiques sensibles voire cruciales comme, par exemple, la vaccination anti-Covid. Face à la multiplication de grands risques en tous genres, sanitaires, environnementaux, géopolitiques, technologiques… je suis convaincue que les entreprises, aux côtés des pouvoirs publics, peuvent et doivent jouer un rôle moteur dans la transformation de la société et que ce mouvement est appelé à s’intensifier dans un contexte notamment marqué par la Loi Pacte. En d’autres termes, je crois qu’il n’y aura plus de business possible sans engagements responsables et durables.

C’est pourquoi j’ai voulu mettre mes compétences au service d’une fondation soucieuse de développer ces ponts avec le monde de l’entreprise… Et contribuer ainsi à développer des projets d’intérêt général qui permettent d’améliorer la vie des gens grâce aux sciences et technologies du numérique.

En effet, quoi de plus engageant que le numérique qui est partout dans nos vies ? À l’Assurance Maladie, j’ai eu l’opportunité de créer la première plateforme d’entraide sur les droits et les démarches, le forum ameli, et d’accompagner toutes les innovations en matière de e-santé : applications Activ’Dos et Asthm’Activ’, téléconsultations, e-prescription, e-carte Vitale, Dossier Médical Partagé, Mon espace santé… Ce faisant, j’ai mesuré l’importance considérable et croissante que revêt le numérique en matière de santé, de prévention, de qualité de la prise en charge ou encore, d’organisation et d’efficience du système de soins. Mais les domaines applicatifs ne se limitent pas à la santé ! Intelligence artificielle frugale, agriculture de précision, préservation des données personnelles, lutte contre la désinformation, explicabilité et régulation des algorithmes, cryptologie… les quelques 220 équipes-projets d’Inria sont mobilisées sur tous ces sujets et beaucoup d’autres encore.

En bref, je suis extrêmement heureuse de pouvoir apporter ma pierre à un projet qui me semble nécessaire et même vital à un moment de l’histoire qui voit la convergence de crises multiples.

Quelles sont désormais vos missions au sein de votre nouvelle fonction ?

J’ai pour mission d’accélérer le développement de la Fondation Inria. Après ces années Covid qui ont entravé son essor, celle-ci se prépare à un nouveau départ ! Beaucoup de choses ont été faites, le positionnement est clair, mais nous avons à l’opérationnaliser, à le traduire en programmes, à préciser nos modes de fonctionnement.

L’année 2022 va être largement consacrée à structurer, appuyer et outiller la recherche de mécènes. Nous allons qualifier plus finement les « enjeux » sanitaires, environnementaux, éducatifs et éthiques auxquels nous ambitionnons de répondre en identifiant, derrière ces enjeux, les « programmes » à impact permettant de faire le pont entre les besoins de société, les préoccupations des entreprises et la recherche. Nous allons aussi nous employer à définir les modes opératoires permettant la bonne mise en œuvre de ces programmes : matrice-type d’un programme ; système de reconnaissance ; modélisation des financements et moyens humains nécessaires ; qualification des process internes… Et bien sûr, nous avons à arrêter le discours de mobilisation et les outils qui le déclinent, parmi lesquels le nouveau site web de la fondation, puisque nous allons lancer le chantier de sa refonte.

Avec le soutien de l’équipe, en lien étroit avec le président Bruno Sportisse et le conseil d’administration, avec tous nos partenaires et donateurs, c’est avec détermination et enthousiasme que je vais conduire ces travaux !

Quels sont vos objectifs pour la Fondation Inria ? Que souhaitez-vous accomplir ? 

Nous vivons actuellement une transformation numérique rapide de nos sociétés. Cela ouvre de formidables opportunités, mais soulève également de nombreuses questions éthiques. Je ne suis pas naïve, personne ne peut plus l’être aujourd’hui tant les exemples de dérives fourmillent, le numérique est un outil d’aliénation autant que d’émancipation. Je considérerai que nous aurons réussi dans notre projet si nous parvenons à l’utiliser en conscience, à escient, sans tabou ni angélisme, pour répondre efficacement aux grandes causes qui sont devant nous. L’impact, oui, cent fois oui, mais sans externalités négatives nouvelles !

Crédits photo : Nelly Haudegand

Pour un numérique de confiance : signature d’un accord de mécénat entre La Poste, Inria et la Fondation Inria  

Le Groupe La Poste, Inria et la Fondation Inria viennent de conclure, le 30 mars 2021, un accord de mécénat pour répondre de manière positive aux enjeux soulevés par la numérisation de la société. Ce partenariat stratégique donnera à Inria les moyens d’amplifier de manière significative les recherches menées pour résoudre les défis scientifiques que pose le développement de technologies numériques dont on puisse contrôler l’impact et en lesquelles chacun puisse avoir confiance.

1 avril 2021 / mis à jour le 18 mars 2023

Un partenariat fort au service de l’intérêt général

S’appuyant sur un socle de valeurs communes, le partenariat conclu entre La Poste, Inria et la Fondation Inria vise à soutenir le développement d’un numérique responsable et de confiance, respectueux de l’humain, de la société et de la planète.

Entreprise multi-activités de 240 000 personnes et aux métiers variés, La Poste a en effet placé la transition numérique au cœur de son modèle. Devenue, en juillet 2021, la première entreprise publique française à adopter le statut d’entreprise à mission, elle a fait de son engagement numérique l’un des quatre grands axes structurants de son nouveau statut. Déjà tiers de confiance pour les échanges physiques, La Poste est désormais un tiers de confiance numérique qui vise à démocratiser l’accès à l’innovation et à retisser le lien entre l’humain et les technologies.

C’est autour de cet enjeu de confiance que La Poste, Inria et la Fondation Inria se sont naturellement retrouvées en se fixant une ambition commune : permettre à la recherche en sciences et technologies du numérique de contribuer à la diffusion large de connaissances fondamentales au sein de la communauté scientifique internationale et de participer à la résolution de problèmes concrets à fort impact applicatif.

Soucieuse de renforcer les liens existant entre la recherche et l’entrepreneuriat, La Poste accompagnera également, dans les domaines de développement prioritaires du Groupe, Inria Startup Studio dans son ambition de créer 100 projets de startups par an. De plus, elle apportera son soutien à la formation d’ingénieurs et de chercheurs d’Inria en proposant des missions ou des opportunités de carrière dans l’entreprise.

« Je suis fier d’initier cette collaboration emblématique avec Inria, centre de recherche de renommée mondiale dans les sciences du numérique, avec qui nous partageons le même sens de l’intérêt général et la même vision d’un numérique éthique et responsable au service de la souveraineté numérique de la France. Les travaux menés dans le cadre de ce partenariat serviront à anticiper les ruptures technologiques à venir et seront un catalyseur d’innovations en réponse aux attentes de la société et de nos clients. »

Quatre thématiques d’actions prioritaires

Afin d’agir avec efficacité, des réunions préalables entre les trois parties ont permis de déterminer quatre axes prioritaires de collaboration scientifique autour d’enjeux qui apparaissent majeurs pour la décennie qui vient. Ces thématiques ne sont pas figées et seront amenées à évoluer ou à être enrichies au cours du temps selon les besoins qui viendraient à émerger.

Numérique et développement durable

Alors que les usages du numérique sont appelés à se développer fortement en lien avec les objets connectés, la 5G, l’IA… les impacts environnementaux du numérique deviennent un sujet majeur documenté par une littérature récente et abondante. Fabrication des outils numériques, consommation d’énergie, directe ou déportée, fonctionnements induits ou déchets produits… le secteur du numérique pris isolément va contribuer de plus en plus significativement à notre empreinte environnementale. Mais parallèlement, par la virtualisation, par l’optimisation, il permet des réductions significatives de l’empreinte carbone dans de nombreux domaines.

Alors que la préservation de l’environnement est devenue une préoccupation majeure de nos sociétés et de la sphère économique, l’enjeu est d’éclairer les conséquences positives comme négatives des usages du numérique sur l’environnement, de favoriser l’éco-conception de services numériques et de promouvoir des outils/simulateurs numériques d’aide à la décision.

Vers un écosystème numérique de confiance

Dans une large mesure, le niveau de confiance que l’on peut mettre dans un système d’information dépend de la nature et de l’efficacité des mécanismes de sécurité qui sont mis en œuvre dans ce système pour empêcher une entité non autorisée d’accéder, de modifier et/ou de rendre indisponibles des données ou des services. La cybersécurité consiste ainsi à assurer trois propriétés majeures de l’information, des services et de l’infrastructure informatique générale (réseau, stockage, etc.) : confidentialité, intégrité, disponibilité. À quoi ajouter encore une autre propriété de plus en plus importante aux yeux des utilisateurs : la protection de leurs données personnelles.

Inria est très engagé dans la résolution de problèmes scientifiques touchant à la prévention, à la détection ou au traitement des risques et des attaques. Authentification, cryptanalyse, cryptographie post-quantique, « obfuscation »… La Poste a à cœur de soutenir les travaux de l’institut dans ces domaines d’expertise cruciaux pour un usage confiant des technologies numériques.

Demain, la confiance numérique pour tous

Un autre élément est devenu crucial aujourd’hui pour établir la confiance : l’assurance que certains principes sont effectivement respectés par le système et son opération. Ceci concerne aussi bien la protection des données personnelles que la fiabilité des algorithmes, en particulier ceux relevant de l’apprentissage automatique. S’agissant de la protection de la vie privée, plusieurs approches sont mobilisées comme la cryptographie, l’anonymisation ou la distribution. Pour leur part, les logiciels apprenants, tout particulièrement à base d’apprentissage supervisé, font aujourd’hui l’objet de nombreuses recherches au niveau mondial, impliquant au plus haut point les équipes Inria.

Le traitement des biais d’apprentissage (biais de genre, d’ethnie, de langue…), l’explicabilité d’un résultat produit par un réseau de neurones profond, la garantie formelle du résultat… sont autant de défis que La Poste, Inria et la Fondation Inria souhaitent affronter ensemble.

Le numérique au service d’une santé pour tous

Les données de santé suscitent un engouement croissant, comme l’illustrent les développements récents autour des entrepôts de données de santé des CHU ou la création du Health Data Hub. L’espoir est qu’une plus grande disponibilité de plus gros volumes de données de santé permette des avancées significatives dans de nombreux domaines, comme la prévention, l’assistance au diagnostic, au pronostic ou à la décision, l’épidémiologie, la pharmacologie… Mais cette volonté d’augmenter les volumes des données disponibles entraîne une tension liée à la nécessité de garantir le respect de la vie privée des patients ou des assurés sociaux.

Anonymisation ou pseudonymisation des données, stockage distribué ou centralisé, consentement des individus, ontologies médicales permettant d’interpréter avec rigueur les données de santé et en particulier les données provenant de sources différentes… ces sujets et d’autres font l’objet d’une recherche dynamique mobilisant une cinquantaine d’équipes-projets au sein d’Inria.

« Inria et sa fondation ont pour ambition de construire une société numérique fondée sur la confiance. Ce mécénat signé avec le Groupe La Poste repose d’abord sur une communauté de valeurs fortes et un sens partagé du service public. Il permettra la mise en commun de nos expertises pour faire émerger un numérique à visage humain. » 

Un partenariat sur la durée au service d’une recherche « engagée »

Parce que la recherche a besoin de temps, la convention de mécénat conclue entre le Groupe La Poste, Inria et la Fondation Inria porte sur une durée initiale de trois ans. Fenêtre ouverte sur la recherche en train de se faire et sur les technologies qui en découlent, cette collaboration offrira à La Poste l’opportunité d’éclairer l’avenir et d’anticiper des ruptures technologiques. Le résultat des recherches menées dans le cadre de ce mécénat sera diffusé publiquement.

À voir : Philippe Wahl, PDG du Groupe La Poste, et Bruno Sportisse, PDG d’Inria, partagent leur vision du partenariat

Crédits photo : Freepik

Modélisation et IA pour améliorer le suivi des cancers : MSD Avenir soutient le projet Pimiento

La Fondation Inria et le Fonds de dotation MSD Avenir du laboratoire pharmaceutique MSD France annoncent la signature d’un partenariat permettant de soutenir à hauteur de 900 000 € répartis sur quatre ans un projet de recherche très prometteur dans le domaine du cancer du poumon non à petites cellules.

11 décembre 2018 / mis à jour le 18 mars 2023

Un cancer très fréquent, une diversité de traitements

Deuxième cancer le plus fréquent chez l’homme, troisième chez la femme, le cancer du poumon est la première cause de décès par cancer chez l’homme, la deuxième chez la femme. Sa fréquence est en augmentation.

À côté des cancers bronchiques à petites cellules (CPC), étroitement liés à la consommation tabagique, les cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC) représentent plus de 80 % des cancers du poumon. En France, 40 000 nouveaux cas de cette forme de cancer du poumon sont constatés chaque année.

Les traitements existants pour cette deuxième famille de cancers du poumon représentent un progrès thérapeutique indéniable. Ils rendent également l’arbre de décision de plus en plus complexe pour les professionnels de santé. Les nouveaux traitements agissent par ailleurs en induisant des changements dans le métabolisme de la tumeur ou dans le micro-environnement.

De nouveaux critères tenant compte de l’hétérogénéité des tumeurs doivent donc être élaborés, pour permettre une évaluation plus précoce de la réponse à ces nouveaux traitements.

Les mathématiques au service de la prévention des cancers

Le défi lancé par le projet Pimiento, mené par l’équipe-projet MONC (Modélisation en ONCologie) et son responsable Olivier Saut, est d’améliorer, grâce à des outils d’aide à la décision, l’évaluation du résultat clinique et du risque d’échec pour chaque classe de traitement (radiothérapie, chimiothérapie, thérapies ciblées, immunothérapie ou chirurgie). En contribuant ainsi à une meilleure prise en charge et une plus grande qualité de vie des patients.

L’équipe MONC développe depuis plusieurs années des modèles mathématiques décrivant la croissance du cancer et l’effet des traitements en exploitant toutes les informations disponibles : imagerie, informations génomiques, données cliniques… Au final, l’objectif est d’évaluer précocement l’efficacité d’un traitement afin que le médecin puisse savoir, très vite après le début du traitement, si celui-ci va marcher ou pas et qu’il adapte sa stratégie thérapeutique en connaissance de cause.

Le projet Pimiento s’appuiera sur plusieurs outils de pointe développés au sein de l’équipe pour :

  • la résolution et simulation de modèles mathématiques du cancer et de son traitement ;
  • le traitement d’images médicales (segmentation, enregistrement et calcul des caractéristiques radiomiques) ;
  • l’assimilation de données cliniques pour personnaliser les modèles ;
  • l’apprentissage statistique (machine et profond).

L’équipe MONC travaille étroitement avec les médecins et leurs patients, avec la société Sophia Genetics, une société spécialisée dans le domaine de la génomique clinique et de l’imagerie s’appuyant sur l’intelligence artificielle, et les hôpitaux, par exemple l’Institut Bergonié, à Bordeaux, l’hôpital Tenon (AP-HP) et le centre Léon Bérard à Lyon.

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